Réseau romand 
Science et Cité 

Notre antenne en Romandie

Le Réseau romand Science et Cité est active depuis 2002 dans le champ de la culture scientifique et technique. Le Réseau est l’antenne romande de la Fondation Science et Cité. L’association regroupe près de 50 membres, dans les sept cantons romands.

La mission du Réseau romand Science et Cité 

  • Promouvoir la culture scientifique
  • Encourager le débat critique autour des enjeux des sciences et des techniques
  • Valoriser par des actions communes les ressources et compétences de nos membres

Les activités

  • Rencontres, ateliers de muséologie, formations et visites thématiques pour les membres
  • Développement en Suisse romande des projets de la Fondation Science et Cité
  • Organisation des manifestations et colloques scientifiques en Suisse romande
  • Organisation du Fonds à l’encouragement de projets ; le projet retenu par le Jury se voit attribuer un montant de 10'000 CHF à 15'000 CHF selon les années. Ce fonds vise à encourager le lancement de nouveaux projets dans le domaine du dialogue sciences - société, et valorise la collaboration entre les membres. Plus largement, il vise à contribuer au développement d’une culture de sciences citoyennes en Suisse romande.
  • Diffusion et mise en valeur du projet La Moulinette, un outil qui vise à aider les médiateurs·trices scientifiques à concevoir et questionner leurs projets de médiation.

Reportage sur le projet lauréat du Fonds à l’encouragement du Réseau 2025:

Bacté-Rivières : la science citoyenne les pieds en eau trouble

Ingénieur·e·s, retraité·e·s, étudiant·e·s, parents ou simples curieux·ses du cours d'eau qui coule dans le quartier : cet été, ils étaient dix-neuf équipes de bénévoles à plonger des éprouvettes dans douze rivières du bassin lémanique, chaque semaine, pendant huit semaines. Le projet citoyen qu’ils et elles ont rejoint s'appelle « Bacté-Rivières : quand E. Coli s’invite sous la surface des flots ». Porté par les équipes de La Maison de la Rivière à Tolochenaz et d’Hackuarium, laboratoire communautaire situé à Ecublens, on traque une présence pour le moins invisible : Escherichia coli, E. coli pour les intimes, une éminente bactérie bioindicatrice des eaux usées, non traitées. 

Un projet qui a de la bouteille

Tout a commencé autour du Léman et de la baie de Montreux, il y a dix ans, avec un projet d'Hackuarium intitulé « Micro to Macro Water Pollution ». La Vigie, société de sauvetage de Montreux, avaient alors commencé à s'inquiéter de problèmes de santé récurrents, des démangeaisons cutanées et des troubles gastro-intestinaux, toujours en été. 
Le projet d’analyse mis en place prévoyait alors huit semaines d'échantillonnage durant deux années consécutives. Les analyses ont révélé un pic de pollution pendant les deux semaines du Montreux Jazz Festival (données publiées en open access). Suite à ces résultats, et en collaboration avec le festival, l'équipe d’Hackuarium remet le couvert pour deux saisons supplémentaires en installant un tout petit laboratoire sous la salle Stravinski ! 
Peu importe s’il s’agit d’une heureuse conséquence du projet ou non, toujours est-il que la commune de Montreux a installé une douche sur la plage. 

Après le lac, les rivières

Cette année, le projet Bacté-Rivières, soutenu par le Fonds d'encouragement du Réseau Romand Science et Cité, a essaimé bien au-delà de la baie : il a permis de scruter, durant huit semaines, la qualité de l'eau de douze rivières entre Nyon et Montreux, ainsi que celle de trois rivières supplémentaires – soit quinze au total. Rachel Aronoff, biologiste moléculaire, responsable du laboratoire chez Hackuarium accorde une importance fondamentale à la sensibilisation de la qualité des eaux, autant auprès de la population que des pouvoirs publics. Durant toutes ces années, sa philosophie est restée limpide : « Ici, on ne dit pas DIY pour do-it-yourself – faire tout seul, mais DIT – do-it-together, faire ensemble ».

Pour elle et son équipe, l'objectif n'est pas seulement de récolter des données, mais d’offrir à des gens qui n'ont souvent rien à voir avec la science la chance de se rencontrer – et a fortiori de changer leur regard sur la rivière du coin. Rien de tout cela n'aurait été possible, insiste-t-elle, sans la collaboration de la Maison de la Rivière et d'Aurélie Rubin, docteure en biologie et collaboratrice scientifique. 

Des prélèvements citoyens et un protocole scientifique

Les bénévoles ne sont pas lâchés seul·e·s au bord de la rivière avec une éprouvette. Hackuarium et la Maison de la Rivière ont organisé des ateliers pour co-construire le projet et expliquer le protocole à suivre. Les groupes de bénévoles ont été accompagnés tout au long du projet. Tous·tes les participant·e·s suivent les mêmes étapes, du prélèvement à la mise en culture des échantillons. « Les incubations ont été réalisées soit à la Maison de la Rivière, soit chez Hackuarium, et parfois aussi chez les bénévoles. Notre équipe a même fabriqué des petits incubateurs pour cinq groupes de participants », ajoute Rachel. 

Un incubateur de poche « to go » et des cartes de culture R-CARD sur lesquelles les bactéries ont eu tout loisir de se développer. © Réseau Romand Science et Cité & Hackuarium

Toutes les données sont saisies par les participants eux-mêmes, photos à l'appui, et restent consultables par tous : une démarche de science ouverte qui permet à chacun de vérifier les mesures, en complément de l'examen mené par les biologistes d'Hackuarium avant leur intégration aux données du projet. Rachel a pu constater qu’un encadrement qualitatif permet d’accroître la confiance des participant·e·s en leur propre pratique de la science. 

La méthode développée consiste à déterminer et à quantifier les colonies bactériennes présentes dans les échantillons, notamment celles d'E. coli. Il faut distinguer les points bleus (les bactéries de nos intestins) des points rouges (bactéries coliformes issues des animaux et de l’environnement). Cette méthode ne suffit toutefois pas, à elle seule, à caractériser une pollution : E. coli est un indicateur de contamination fécale, mais une ribambelle d'autres polluants moins faciles à détecter peuvent également arriver dans l’eau des cours d’eau. Des analyses complémentaires sont nécessaires pour en déterminer précisément l'origine ou la nature d’autres pollutions. Dépasser la limite suisse pour cette bactérie bioindicatrice (100 E.coli par 100ml) peut induire la fermeture d’une plage à la natation. Les conclusions du projet sont sans appel. Toutes les rivières sans exception ont dépassé un seuil de qualité des eaux de loisirs (pour E. coli de 100 par 100ml), et 4 des 12 rivières surveillées tout au long de la saison étaient fortement polluées (avec E. coli niveaux depassants 1000-20000 par 100ml). La baie de Montreux, elle, était au moins relativement propre — mais il n’a pratiquement pas plu à Montreux pendant la saison, ni pendant le Festival de jazz.

Les bénévoles plongent les mains dans l'eau

Léane Haefeli, fraîchement diplômée ingénieure en gestion de la nature, a découvert le projet lors d'une journée consacrée à l'eau organisée par la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève (HEPIA). Rachel Aronoff y présentait justement les projets sur la qualité de l’eau du laboratoire Hackuarium. Le hasard a bien fait les choses : son travail de bachelor portait déjà sur l'analyse de rivières, entre indices biologiques et mesures physico-chimiques, en collaboration avec la commune de Bussigny. « Les bactéries faisaient un bon complément », dit-elle simplement. 

Greta Fragnière, ingénieure en biochimie installée à Ecublens, s'intéresse à l'eau depuis son enfance – un petit étang dans le jardin familial éveillait déjà sa curiosité. Son engagement bénévole se décline aujourd'hui en gestes hebdomadaires : prélèvements sur le terrain, parfois avec ses enfants, incubation des échantillons chez Hackuarium, puis comptage minutieux de chaque colonie de bactéries – une tâche qui, dit-elle, « prend pas mal de temps ».

Ce que les deux femmes racontent surtout, c'est un rapport à la rivière qui a changé. « Avant, j'allais dans la Venoge sans souci, à pieds nus, mais maintenant je me méfie un peu quand même », constate Léane. Greta, elle aussi, est devenue plus attentive : « Je laissais tranquillement jouer mes enfants dans la rivière, maintenant je sais qu'il faut très bien se laver les mains juste après. »

Ce quoi ce tuyau ?

Léane balance son éprouvette pour récupérer un peu d’eau qui s’écoule d’un tuyau. © Réseau Romand Science et Cité

C'est dans le cadre de son travail de bachelor que Léane a fait la découverte la plus marquante du projet cette année. En analysant une sortie d'eau qui se déverse dans la Venoge, à Bussigny, elle observe des concentrations de phosphates et d'E. coli qui l'amènent à s'interroger sur l'origine de l'eau. Sur les cartes officielles du réseau de canalisations de la commune, le tuyau est pourtant classé comme évacuation d’ « eaux propres ». 

Interrogés sur cette situation, les responsables communaux expliquent que le tuyau est en réalité relié à une canalisation de pompage menant à la station d'épuration (STEP). En cas de fort orage, des eaux peuvent être déversées par ce système avant de rejoindre la rivière. De grandes quantités d'E. coli ont également été détectées en dehors des épisodes de pluie. 
Les résultats ont été présentés à la commune de Bussigny début juillet. Elle « était très étonnée », selon Léane. Les responsables se montrent cependant réceptifs à ces résultats, « à condition qu'on leur propose des solutions concrètes, pas seulement des chiffres ».

C'est précisément l'ambition du rapport final en préparation, qui sera non seulement en libre accès mais aussi transmis à l’ensemble des communes concernées. Ce rapport n'aura pas de caractère contraignant. Les éventuelles mesures à prendre dépendront ensuite des décisions et des budgets des communes.

Science participative : le prix du bénévolat

Rachel ne s'en cache pas : la critique adressée aux sciences citoyennes, celle d'utiliser des citoyen·ne·s comme main-d'œuvre gratuite, est légitime. « Un meilleur budget aurait permis de rémunérer les participant·e·s », reconnaît-elle. Faute de moyens, les projets d’Hackuarium reposent aujourd'hui entièrement sur le bénévolat. Une structure qui pourrait montrer ses limites, en particulier si l'initiative Bacté-Rivières venait à essaimer plus largement en Suisse. Et de plaider : « Il est nécessaire d’octroyer plus de fonds pour la recherche participative et communautaire ». 

Échange des savoirs et des savoirs-faires

La communauté de bénévoles rassemble des profils très variés – jeunes, retraités toujours actifs, un pêcheur, davantage de femmes que d'hommes, jusqu'à 89 ans pour les plus âgés. Rachel y voit une richesse : « Ce sont toujours les questions des autres qui nous donnent la possibilité d'apprendre. »

L'apprentissage fonctionne d'ailleurs dans les deux sens. Grâce à son expérience en laboratoire, une participante a par exemple amélioré la méthode de lecture des échantillons en proposant de taper deux fois du bout de l’index sur la carte de culture, au milieu de l’inoculum. Cette nouvelle méthode, communiquée un peu par hasard, a été testée, approuvée et intégrée au protocole par les responsables d’Hackuarium. Les colonies bactériennes, auparavant mal définies, sont depuis nettement mieux délimitées et peuvent être comptées plus aisément.

C'est une des richesses des sciences participatives : les participant·e·s ne se contentent pas d'exécuter un protocole conçu par les spécialistes. Ils ont choisi eux-mêmes les rivières et les sites d’échantillonnages, et leurs observations contribuent à optimiser la manière de travailler. Ce projet leur offre ainsi une expérience concrète de la démarche scientifique et un autre regard sur leur environnement.

Dix-neuf équipes de bénévoles, et après ?

S'il y en avait 500, ce serait encore mieux", glisse Rachel, mi-sérieuse mi-amusée, en parlant des bénévoles actuels. L'ambition reste la même depuis dix ans : convaincre des gens qui n'ont rien à voir avec la science d'y sauter à pieds joints – et repartir avec un regard changé sur les berges, les déchets, le plastique qui traîne, mais aussi sur la qualité de l'eau qu'ils côtoient. Pour Léane, ce regard a déjà changé : elle qui marchait pieds nus dans la Venoge sans y penser à deux fois s'y aventure aujourd'hui avec un peu plus de prudence.

Je remercie Rachel, Léane et Greta de m'avoir permis de les accompagner, bottes aux pieds, et de participer aux échantillonnages dans la Venoge et la Sorge, ainsi que pour leurs généreuses explications et précisions scientifiques.

Ludivine Marquis, coordinatrice du Réseau Romand Science et Cité

 

Pour en savoir plus sur les deux institutions porteuses du projet : 
https://www.hackuarium.ch/
https://www.maisondelariviere.ch/

 

Pour en savoir plus sur l’avancement du projet et les résultats des analyses: 
https://wiki.hackuarium.ch/w/Bacterivieres

 

Pour en savoir plus sur le projet « Micro to Macro Water Pollution » : 
https://wiki.hackuarium.ch/w/Micro_to_Macro_Water_Pollution

 

Pour en savoir plus sur les sciences participatives : 
https://www.schweizforscht.ch/fr/ 

Atelier de clôture du projet Bacté-Rivières – mercredi 30.09.2026, 18h00

La présentation du projet et la discussion auront lieu à la salle Federer d’Ecublens jusqu'à 19:30 (#OpenHackuarium sur la qualité de l'eau). Elles seront suivies d’un apéritif dans les locaux d’Hackuarium, Route de Crochy 20, 1024 Ecublens. 

Merci de vous inscrire auprès de Rachel Aronoff avant le 29.09.2026 : rachel (@) hackuarium (point) ch 

Prochain événement : Savoirs en jeu. Pratiques et perspectives

01.10.2026 – 09h00-16h30
Rencontre du Réseau 

L'objectif de cette journée est de renforcer les dynamiques collaboratives et de réfléchir à la place du jeu dans les activités des institutions scientifiques et culturelles. Rendez-vous au Musée Suisse du Jeu! 
 

Programme 
 

Les membres du Réseau romand par canton

Dans toute la Suisse romande

Conformément à ses statuts, le Réseau Romand est composé d'un comité qui dirige les activités de l'association et prend toutes les mesures utiles pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés. Il est composé de 12 membres :

  • Présidente: Farida Khali, Université de Fribourg, adjointe Unicom, responsable de rédaction et du Bureau Culture Science et Société
  • Vice-Présidente: Laurence-Isaline Stahl-Gretsch : Musée d’histoire des sciences de Genève, chargée de projet d'exposition
  • Marion Albertini: EPFL, médiatrice scientifique
  • Philipp Burkard: Fondation Science et Cité, directeur
  • Alexandre Camus: Responsable de l’Unité sciences citoyennes et participatives de l’UNIL
  • Marie-Pierre Chevron: Association AutreSens, co-fondatrice et présidente
  • Jennifer Genovese: Service Culture et Médiation scientifique (UNIL), adjointe de la cheffe de service et médiatrice scientifique
  • Olivier Glassey: Musée de la main UNIL-CHUV, directeur
  • Claude Joseph: Le ColLaboratoire (UNIL), prof. honoraire
  • Alain Kaufmann: Le ColLaboratoire (UNIL), directeur
  • Ludovic Maggioni: Muséum d’Histoire naturelle de Neuchâtel, directeur
  • Béatrice Pellegrini: Présidente honoraire

Contact

reseau(at)science-et-cite.ch

Coordinatrice

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